Une nouvelle façon de soigner le stress

Une nouvelle façon de soigner le stress ©Chez Gertrud pour Les Echos Week

Pour aider à combattre le stress, gros facteur de risques cardiovasculaires, une nouvelle discipline, la psychocardiologie milite pour l’utilisation de techniques psychocorporelles.

Cadre dans un grand groupe de luxe, Nadia vient tout juste de reprendre le travail après un infarctus. À 52 ans, elle n’a pourtant jamais fumé ni bu. Très impliquée dans son métier, elle a, en revanche, accumulé des années de stress qui ont fini, sans doute, par favoriser l’accident. Aujourd’hui elle s’efforce de ne plus se surmener. Mais, surtout, elle a appris une technique destinée à ménager son coeur en gérant mieux son stress : l’autohypnose. C’est le centre même où elle pratique sa rééducation cardiaque qui l’y a initiée. « J’avais le choix entre une offre assez diversifiée de disciplines allant du qi gong [gymnastique traditionnelle chinoise fondée sur la science de la respiration] à la sophrologie [méthode de relaxation] en passant par la cohérence cardiaque, indique-t-elle. Au début, je n’étais pas très emballée mais, aujourd’hui, je reconnais que cela m’est très utile dès que je sens que la pression monte trop vite. »

Des pratiques psychocorporelles au secours des accidentés du coeur ? L’idée progresse à grand pas chez les cardiologues. « La plupart des centres de réadaptation cardiaque ont commencé à introduire ces thérapies non médicamenteuses », confirme le docteur Dany Marcadet, fondateur de la Clinique du coeur, à Paris, qui a ouvert la voie il y a plus de trente ans. Une nouvelle discipline est d’ailleurs en train de naître : la psychocardiologie. Au croisement de ces deux spécialités médicales qui se sont longtemps ignorées, sa portée va bien au-delà de la simple rééducation. « À l’inverse de la psycho-oncologie qui l’a inspirée, mais qui ne se risque pas à envisager la responsabilité de facteurs psychosociaux dans le déclenchement du cancer, la psychocardiologie milite pour une action préventive », souligne son plus fervent promoteur, le docteur Jean-Pierre Houppe, qui l’a quelque peu théorisée dans son livre Prendre soin de son coeur (Dunod). Cible principale de cette discipline en devenir : le stress. Car il ne fait plus de doute aujourd’hui que ce mal des temps modernes qui traduit notre angoisse face à l’imprévu, le changement ou le conflit, est l’un des principaux facteurs de risques d’accident cardiovasculaire. D’après l’étude Interheart réalisée en 2004 sur un panel mondial de 50 000 personnes, il arrive en troisième position tout juste après le tabagisme et le cholestérol.

En cause, notre cerveau primitif

©Chez Gertrud pour Les Echos Week

Trop de stress obstruerait-il les artères ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, il semble que oui… Longtemps basées sur l’animal, les études les plus récentes en font la démonstration chez l’homme. La dernière en date, publiée il y a quelques semaines dans la prestigieuse revue scientifique The Lancet, s’appuie sur les nouvelles techniques d’imagerie pour mettre en évidence le rôle de cet agent perturbateur – le stress – dans l’activation d’une aire du cerveau primitif, l’amygdale, qui enclenche un processus inflammatoire de la paroi des vaisseaux, favorisant un dépôt de graisse (plaque d’athérome). « Si notre corps réagit ainsi, c’est que notre ADN n’a pas changé depuis l’époque préhistorique où l’homme était confronté tous les jours à des situations de survie », explique Dany Marcadet. Face à une menace, réelle ou perçue, notre cerveau limbique continue donc, encore aujourd’hui, à déclencher le même dispositif de défense qui s’avère désormais tout à fait disproportionné. « C’est comme si on partait à la chasse au lapin avec un bazooka », ironise Jean-Pierre Houppe. Ainsi, en plus de favoriser la sécrétion de protéines inflammatoires, notre cerveau commande à notre organisme de se mettre en hypercoagulation pour parer à une éventuelle blessure. Or il est pourtant assez rare qu’un différend avec son chef de service débouche, au sens propre, sur un bain de sang !

Lorsqu’il devient trop aigu, ou chronique, le stress devient donc une menace pour le coeur. « Un salarié en état de burn-out a dix fois plus de risques de faire un infarctus, assure Jean-Pierre Houppe. Il faut donc appréhender sa situation non seulement sous l’angle de la souffrance psychologique, mais aussi de l’urgence cardiaque. » Analyste, formé à la sophrologie, ce cardiologue atypique ne ménage pas sa peine pour convaincre le corps médical. Depuis un an, il a reçu l’appui de la présidente de la Fédération française de cardiologie, Claire Mounier-Véhier, qui lui a donné pour mission d’être l’ambassadeur de la psychocardiologie dans la profession. Signe de la convergence des disciplines, il fait équipe avec le psychiatre Frédéric Kochman. « Témoin privilégié de la souffrance psychologique, le corps peut être aussi un formidable vecteur de guérison », confirme ce thérapeute. Certes, mais comment agir sur le stress et ses manifestations dès lors que l’on ne peut pas en empêcher le déclenchement ? « Via la respiration, affirme Jean-Pierre Houppe. C’est la seule fonction automatique de notre organisme sur laquelle on peut intervenir consciemment et qui nous permet de rentrer dans la boucle coeur/cerveau. »

être en « cohérence cardiaque »[…]

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