On peut guérir d’un manque de confiance en soi

On peut guérir d’un manque de confiance en soi

Peur de parler en public ou d’être quitté par son partenaire : ces doutes découlent d’expériences déstabilisantes de l’enfance. Les revisiter est une étape du succès, nous explique le psychiatre Frédéric Fanget.

Frédéric Fanget

Frédéric Fanget.

Vous proposez à vos patients depuis plusieurs années des programmes thérapeutiques pour consolider une confiance en soi défaillante. Qui sont les personnes qui viennent vous voir ?

Des personnes de tous horizons. Le nombre de demandes est immense et dépasse de loin nos capacités d’accueil. Et on comprend pourquoi : qui n’a jamais rencontré des problèmes de confiance en soi à certains moments de sa vie ? Heureusement, pour la plupart des gens, ce ne sont que de petits épisodes de doute et d’hésitation qui jouent leur rôle dans la régulation de nos comportements : il n’est pas sûr que vivre dans un monde peuplé de personnes ayant une inébranlable confiance en elles serait très confortable ; il faut parfois une part d’hésitation et de retrait. Les patients qui ont besoin d’une thérapie sont ceux chez qui ce manque est durable, récurrent, et a des conséquences profondes sur leur vie. Dans leurs demandes de rendez-vous, ils parlent de blocages, d’inhibitions, de problèmes pour s’affirmer. Quand ces blocages durent, il est bon d’envisager une thérapie.

Comment guérit-on une confiance en soi défaillante ?

La première chose à faire est de savoir s’il s’agit d’un problème d’affirmation de soi ou d’estime de soi, car en fonction de l’un ou de l’autre le niveau d’analyse ne sera pas le même.

L’affirmation de soi se situe sur le plan des compétences relationnelles : la personne affirmée est à l’aise en société, elle sait prendre la parole quand il faut, adapte le ton de sa voix aux circonstances (ni trop fort, ni pas assez), sait donner son avis dans une réunion, demander son chemin dans la rue, négocier un salaire, accepter un compliment sans bafouiller, se défendre si on la critique. En somme, c’est la capacité à défendre ses droits, ses besoins et ses désirs tout en respectant ceux des autres.

Dans le domaine de l’affirmation de soi, on repère trois types de comportements : les comportements passifs (la personne ne s’affirme pas assez, elle « se laisse marcher sur les pieds », ou ne défend pas assez ses intérêts, pour schématiser), agressifs (elle s’affirme trop, elle « marche sur les pieds des autres ») et les affirmés (la juste mesure). En général, on observe chez la plupart des gens environ 20 % de comportements passifs et agressifs, et 80 % d’affirmés. Mais chez les personnes qui viennent consulter pour des problèmes d’affirmation de soi, ces proportions sont inversées : on observe alors 20 % de comportements affirmés pour 80 % de passifs ou d’agressifs…

La pyramide de la confiance a trois étages. Quand le problème concerne l’affirmation de soi en société, une thérapie comportementale suffit. Si l’estime de soi est touchée, il faut une thérapie de personnalité plus profonde. Quant à l’étage moyen, on peut agir dessus par le haut ou par le bas…

À quoi est due la prédominance de comportements passifs ou agressifs chez les personnes ayant un problème d’affirmation de soi ?

Ces difficultés remontent généralement à l’enfance. Très tôt, les parents, l’entourage, les professeurs fixent le niveau d’affirmation d’un enfant. Celui à qui l’on recommande toujours la discrétion et la réserve intègre ces comportements dans son registre fondamental. Et celui que l’on met sur un piédestal en lui inculquant l’idée qu’il est un être à part, aura tendance à marcher sur les pieds des autres. Certes, une part de génétique et de tempérament intervient probablement aussi, mais elle ne semble pas déterminante.

Comment peut-on améliorer son affirmation de soi ?

Lorsque le patient arrive, une discussion s’engage, au cours de laquelle le thérapeute cherche à localiser les problèmes que celui-ci rencontre. J’utilise par exemple un questionnaire d’évaluation quantitative validée au niveau international depuis 1971, l’échelle de Rathus, pour évaluer l’intensité des problèmes d’affirmation de soi. Les patients viennent souvent pour d’autres problèmes, comme l’alcoolisme, la boulime, la dépression ou une phobie sociale (timidité extrême). C’est seulement dans un deuxième temps qu’on leur trouve un problème d’affirmation de soi.

La thérapie elle-même est relativement brève et souvent pratiquée en groupe : les participants doivent s’entraîner à exprimer des demandes à d’autres, à formuler des besoins et à faire des critiques constructives. À l’issue de ces programmes de quelques semaines, le patient ressort transformé : il aborde son travail différemment, tout fonctionne mieux, il connaît les façons de se positionner vis-à-vis des autres. Lorsque le problème est comportemental, la solution est comportementale.

Outre l’acceptation de soi, peut-on intervenir directement sur la confiance en soi ?

Oui, mais le problème avec la confiance en soi est que ce n’est pas un concept scientifiquement bien défini. Du côté des questionnaires validés scientifiquement, on trouve ainsi les échelles d’affirmation et celles d’estime de soi, mais celles sur la confiance restent plus artisanales et mélangent en fait des éléments d’affirmation et d’estime. Les interventions directes sur l’étage intermédiaire de la pyramide, à savoir la confiance en tant que telle, sont très concrètes : le patient doit entreprendre des actions tournées vers lui-même, comme se présenter à un entretien même s’il sait qu’il ne sera pas pris, avec l’objectif de réussir quelques petites choses simples : avoir retenu l’attention de son interlocuteur, s’être senti à l’aise, sans pression, avoir constaté que les choses se passaient plutôt bien. L’essentiel est de ne pas être mis en situation d’échec, et de procéder par exercices pas trop difficiles. Et revenir en étant fier de soi.

Mais il existe des failles dans la confiance en soi qui ne sont pas uniquement d’ordre comportemental…

C’est là que l’on aborde la question de l’estime de soi. En réalité, estime de soi, confiance en soi et affirmation de soi sont trois étages de la personnalité qui vont de sa représentation profonde à son extériorisation en société. À la base de cette pyramide se trouve l’estime de soi, c’est-à-dire l’image que l’on a de soi-même. Tout en haut, à l’opposé, culmine l’affirmation de soi. Et entre les deux se situe la confiance en soi au sens strict, qui est la capacité à s’appuyer sur ses capacités personnelles, ses actes et ses décisions même si les autres ne sont pas concernés. Et cette couche intermédiaire se nourrit évidemment des deux autres, si bien que la confiance en soi est un édifice qui réunit ces trois composantes.

Donc, oui : il existe des problèmes de confiance en soi qui ne se réduisent pas à des difficultés de comportement. Notamment quand elles s’enracinent dans un problème d’estime de soi, lorsqu’une personne a une mauvaise image globale d’elle-même, la thérapie sera nécessairement plus profonde, plus longue et plus difficile. Les patients ayant une mauvaise estime d’eux-mêmes vous disent souvent : « Je suis nul, je ne vaux rien. » Ils se sentent inexistants, transparents, voire méchants ou toxiques. Et ils présentent souvent des troubles associés (dépressions, phobies, TOC…). À ce niveau, nous nous situons tout en bas de la pyramide du soi. Là où les transformations sont les plus difficiles.

Qu’est-ce qui crée des problèmes aussi profonds dans l’image de soi ?

Lorsqu’on creuse dans le passé de ces patients, on découvre souvent des épisodes fondateurs, que l’on pourrait appeler des événements qui peuvent être d’une certaine façon traumatisants. Typiquement, c’est l’exemple d’un jeune garçon qui, à l’âge où il commence à développer sa personnalité, se prend des taloches de son père à chaque fois qu’il essaie de s’affirmer ; à qui on dit qu’il est normal d’être bon à l’école (mais que l’on punit à la première mauvaise note) : l’image de soi, au lieu de se renforcer, devient hésitante. Avec de tels débuts, les mauvaises expériences ne s’arrêtent généralement pas en chemin : plus tard on trouve dans la trajectoire de ce jeune une humiliation sentimentale ; à l’école aussi, il se fait moquer à chaque fois qu’il passe au tableau… Et plus tard, au travail, il est souvent traité avec peu d’égards, voire manipulé. Sa vie est ensuite émaillée de tels épisodes où le regard des autres est vécu comme déstabilisant, et non rassurant. Chez lui, le manque de confiance en soi s’est construit au terme d’un apprentissage, au contact de situations perturbantes.

Peut-on malgré tout remonter la pente, changer l’image de soi et redonner confiance à ces personnes ?

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